<< Asseyez-vous !
Asseyez-vous ! Il y a assez de tarte pour un monde.. >> Alors
on s'asseoit au bord de la mare aux canards, mes pensées, ma
lettre & moi. Je m'appelle Cierges Kindsley et j'ai dix sept ans. Je ne
suis pas très intelligent et je cherche toujours mes mots..
Des grands mots qui donnent de l'impression. Des mots d'adultes qui
ont du Temps entre les joues. Je suis juste un
être humain. Une poussière de poussière dans le
monde et mes problèmes sont des poussières de
poussière de particules dans la stratophère. Mais
dans ma tête, tout prend une autre dimension et le
Temps me semble plus long. Je m'appelle Cierges
Kindsley et je suis un être humain. Juste une
poussière de poussière dans le monde. Et j'aime bien
faire impression.
Maman me trouve
nonchalant et papa dit tout le Temps que j'ai
l'air ailleurs.. A l'école il y a Zophie qui fume beaucoup.
Beaucoup trop d'ailleurs. Elle dit que c'est juste du tabac
à la menthe mais c'est pas bien de fumer autant, même
juste du tabac à la menthe. Mais Zophie s'en fiche et Zophie
fume toujours beaucoup trop. << Mais ça fait oublier
les tout petits problèmes, Cierges. C'est un billet
tranquille pour l'éternité et à la fin on se
sent plus léger >> Et puis il y a les gens aussi.. Les
passants et leurs grands yeux tout remplis de lassitude.
C'était une ville un peu triste qui respirait le soleil,
c'était l'Hiver et ma lettre papillonait
comme de la petite pluie sur les fenêtres. De la toute petite
pluie au goût d'Automne.
Je lève les yeux
et soupire comme si je n'avais plus respirer depuis longtemps.
<< Il faut l'ouvrir, il faut l'ouvrir ! >> Alors on rit
un peu au bord de la mare aux canards, mes pensées, ma
lettre & moi - parce qu'on est un tout petit peu
gêné. L'enveloppe se déchire dans mes doigts et
puis il y a les mots. Les mots vides et froids des grands batiments
blancs qui sentent le médicament. Cierges Kindlsey
né le..
Le
Temps s'arrête et puis repart, comme un
train sur le quai et on regarde en l'air. << Allons, allons
on a pas à être gêné entre amis >>
Alors on rigole au bord de la mare aux canards, mes pensées,
ma lettre & moi. Et le Temps s'arrête et
puis repart. << C'était l'Hiver et il
faisait froid, un froid de mots >>
Je m'asseois sur le
petit mur en souriant, des bouts de sommeil plein les yeux parce
qu'aujourd'hui c'est l'école. Et comme tout les matins
d'école j'attend Zophie & son odeur de tabac à la
menthe qui la suit de partout. Alors je pense à ma lettre et
dans le loin il y a la petite silhouette de Zophie qui marche de
son air blasé. Zophie a toujours l'air contrarié et
crie sur tout le monde. << Et à quoi ça sert la
trigonométrie, MONSIEUR ? èé Ce n'est pas
ça qui va m'aider à sauver un chien ce que JE SACHE..
>> J'aime bien Zophie parce que quand elle parle elle dessine
de grandes choses avec ses yeux. Zophie parle beaucoup pour ne rien
dire mais quand on regarde ses longs cils qui touchent presque le
ciel, on comprend toujours un peu mieux. Zophie connaît plein
de choses sur tout mais elle ne comprend pas l'école alors
à chaque fois elle roule des yeux et s'allume un billet pour
la légéreté. Les professeurs disaient beaucoup
de choses au début, et puis maintenant ils ne disent plus
rien. Parce qu'avec un peu de Temps, on a tous l'habitude de
l'odeur de tabac à la menthe qui la suit partout. <<
Salut >> Elle me regarde en souriant, sa cigarette dansante
au bout de sa voix.
- BONJOUR ! : D
Ce matin en poussant la
grosse couette sur mes pieds nus j'avais eu un peu peur que tout
soit différent. Que Zophie n'aie plus sa cigarette et son
air blasé et qu'elle ne me regarde plus de la même
façon avec son odeur de tabac à la menthe qui pique
les yeux et qui donne envie de pleurer. Parce que Zophie n'avait
rien dit du tout quand je lui avais parlé de ma lettre.
Zophie avait juste soupirer et elle n'était même pas
contrariée..
Ses pas claquaient sur
l'asphalte comme des millions de feux d'artifices et elle agitait
joliment ses mains dans l'air, dessinant dans les nuages de tabac
à la menthe de gigantesques tunnels de froid. Elle me
parlait de Temps avec une étrange
émotion dans la gorge et il faisait silencieux dans ma
tête. << Il était 15.48 et puis je me suis dit
que ça devait être triste d'être une montre. De
toujours savoir l'heure qu'il était de partout. Alors j'ai
enlevé les piles.. >> Zophie se tût et me
regarda, ses grands yeux mornes mourrant contre
l'Hiver. Le billet pour la
légéreté s'arrêta de danser et ses mains
retombèrent dans ses poches, éparpillant dans la rue
des millions de bouts de monde.
- Tu vas leur dire quoi à tes
parents ?
- A propos de quoi ?
- De ton cancer.
Zophie regarda en
l'air, les derniers morceaux d'univers qui planaient coincés
dans le reflet de ses cheveux et s'alluma un autre billet dansant.
La petite flamme du briquet luisante comme un minuscule soleil de
poche. << Pour oublier les tout petits problèmes
>> Je n'y avais pas vraiment pensé.. Et je ne savais
pas quoi dire à papa et maman. Moi c'était une lettre
qui m'avait tout raconté au détours d'un goûter
entre amis. Et je me souviens encore de sa voix froide et
sérieuse qui chuchotait pour que personne ne l'entende..
Pour que personne ne sache ce qu'elle
racontait..
- Je ne sais pas.. Je ne sais pas vraiment
pas..
Son regard papillona un
peu et sa cigarette dansante tomba en millions de minuscules bouts
de tristesse dans la rue. Et Zophie rigola un peu, ses petits
doigts dorés serrant contre elle son briquet
d'argent.
- C'est vachement drôle quand
même.. C'est moi qui fume comme un pompier et c'est toi qui
t'chopes un cancer.. C'est vachement drôle.. Quand
même..
<< Allez allez
vous allez être en retard à l'école ! >>
Alors on la regarde une dernière fois, mes pensées
& moi. Zophie a les yeux tristes comme des glaçons au
soleil en plein Eté et je sais que c'est
à cause de moi et de ma lettre. Et puis on continue à
marcher sur l'asphalte qui chuchote des blagues sous nos chaussures
pour nous faire rire. Mais aujourd'hui on est tous un peu triste.
Derrière, les yeux de Zophie débordent de
glaçons et j'entends la petite voix de son soleil de poche
parce que je sais que c'est << Juste le
Temps de s'en rallumer une autre
>>
<< Bonjour
facteur ! >> Alms releva la tête, son
petit visage blanc luisant comme un souvenir entre son bonnet et
son écharpe et sourit, d'une joie d'enfant teintée
d'élégance.
- Mr Henristerring,
chuchota-t-il en se mordillant la
lèvre.
Le jeune homme but une
gorgée de café et le regarda, ses yeux lasses perdus
dans le blond de ses cheveux. Alms sentait bon
l'Hiver et il y avait toujours ce sourire plaisant
qui flottait sur sa bouche en croissant de lune.
- J'ai du courrier aujourd'hui
?
- Non.. murmura Alms en
rougissant.
- Oh.. Bon. Vous voulez une tasse de
café, vous avez l'air d'avoir froid..
- Ah.. Euh.. Je.. Enfin..
- Enfin quoi ? èé Vous en
voulez oui ou non ?
- Euh.. oui. :'D
- Eh bien arrêtez de me regarder
avec cet air niais et venez vous asseoir
èé
- Oui.. D'accord Mr Henristerring :
D
Alms s'assit et Mr
Henristerring regarda d'un air froid ses grands yeux brillants qui
se découpaient joliment dans la lumière du matin.
<< J'aime bien être facteur.. C'est bien d'être
facteur. Il y a les biscuits, les cafés et
puis Mr Henristerring aussi.. J'aime bien Mr Henristerring. :'D Il
est gentil.. J'aime bien les gens gentils.. Ils sont gentils les
gens gentils.. >> Il rougit en tordant ses doigts et plongea
son regard d'enfant dans l'océan marron qui semblait battre
la porcelaine au rythme de l'horloge. Il regarda la petite main de
Mr Henristerring s'affairait sur la table à la recherche du
sucre et il chuchota un peu entre les tintements de
cuillères et les biscuits aux chocolat.
- Mais.. Mais qu'est-ce qu'il vous arrive
à la fin ? èé